Louis Aragon " Strophes pour se souvenir"

Louis Aragon " Strophes pour se souvenir"
[ Je sais cela n'a rien avoir avec mon blog mais peu m'importe j'adore ce poème vu en cours aujourd'hui et je tenais à le mettre sur tous mes blogs.]

Aragon, pour le dixième anniversaire de la libération, compose un poème en hommage aux vingt-trois résistants étrangers fusillés par les Allemands le 21 Février 1944. Il y intègre les derniers mots d'un des résistants, Missak Manouchian, à sa femme, Mélinée. L'arrestation de ces hommes avait donné lieu à la réalisation d'une affiche des propagande nazie, connue sous le nom de "l'affiche rouge": on y voyait les portraits, sales, hirsutes des membres dy groupe de résistants, accusés de terrorisme. Leur nom, leur religion et leur pays d'origine étaient mentionnées pour que la population pense que les résistants étaient des étrangers, des Juifs, des communites.

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mortn'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos nom sont défficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vo photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans la haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan*

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant


Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourrir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon, le Roman inachevé, Gallimard 1956.

* Erivan: Ville d'Amérique d'où venait Manouchian, le chef du groupe, est originaire.
# Posté le jeudi 19 juin 2008 12:59

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# Posté le samedi 14 juin 2008 11:57
Modifié le dimanche 22 juin 2008 06:05

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